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Au-delà du gauchisme et du réformisme : trouver la voie écologiste.

Les Ecologistes - Mouvement Ecologiste Indépendant

Au-delà du gauchisme et du réformisme : trouver la voie écologiste.

27 août 2015 Actualité Ecologie politique 0

écologie-ou-gauchisme-il-faut-choisir-peuple-breton-2François de Rugy a choisi d’accompagner sa rupture avec Europe Ecologie-les Verts de la sortie d’un livre intitulé Ecologie ou gauchisme, il faut choisir.

Il faut mettre au crédit de François de Rugy une cohérence et une continuité certaines dans la ligne qu’il défend, et son ambition personnelle vraisemblable ne saurait être confondue avec de l’opportunisme. Sa position doit être examinée en ignorant les querelles personnelles, et doit trouver sa place dans un véritable débat d’idées.

Toutefois, l’alternative binaire qu’il propose, entre sa vision et celle qui lui semble s’être désormais affirmée comme majoritaire au sein d’EELV, a le défaut majeur de laisser de côté tout un pan de la sensibilité écologiste.

Rugy dénonce non sans raison comme une dérive sectaire et gauchiste le rapprochement entre une partie croissante d’EELV et la gauche contestataire regroupée autour de Jean-Luc Mélenchon, et prône pour sa part un retour des écologistes au gouvernement, sur une ligne réformiste assumée. La controverse peut rappeler le célèbre débat dit des « deux méthodes » qui opposa Jaurès et Guesde au sein du socialisme français en 1900. Mais elle ne mènera nulle part si elle fait l’économie d’une interrogation sur les fondements de l’écologisme.

En effet, les deux voies, la « gauchiste » et la « réformiste », partent d’un postulat commun rien moins qu’évident : l’affiliation de l’écologisme au « camp du progrès ». Or c’est précisément cette affiliation que refusent, depuis l’origine, de nombreux écologistes, et parmi les plus conséquents.

La contestation écologiste est née d’une critique du progrès, c’est-à-dire d’une remise en cause radicale de cette « religion du progrès » qui constitue, comme l’a bien montré Jean-Claude Michéa, la colonne vertébrale idéologique de la gauche.

A ce titre, s’il est vrai que les écologistes partagent volontiers avec les « gauchistes », et contre la tentation d’un ralliement au « social-libéralisme », une contestation sans concession du modèle capitaliste, de son productivisme (productivisme du reste partagé par une part encore significative des nouveaux amis que s’est trouvés Cécile Duflot à la « gauche de la gauche »), de ses ravages tant sur les milieux que sur les sociétés, ils ne peuvent en revanche pas se retrouver dans la vision des héritiers de la Montagne de 1793 : une division robespierriste entre l’humanité et ses ennemis, une vision unidirectionnelle de l’Histoire, le tout agrémenté par de bons restes d’étatisme.

Pour autant, les écologistes devraient-ils limiter leur ambition à proposer l’une ou l’autre réforme à un gouvernement qui ne soit pas en rupture avec le modèle qu’ils dénoncent ? Il est certes toujours souhaitable de contribuer utilement à des mesures nécessaires, mais en est-on à améliorer l’airbag ou la ceinture de sécurité d’une automobile quand on constate que le viaduc qu’elle emprunte est inachevé et ne mène qu’à un gouffre ? Or, le gouvernement actuel est bien dans cette situation, sans même évoquer le déni des limites qui sous-tend philosophiquement son action sociétale.

L’écologie politique, prolongeant le constat scientifique de la complexité des écosystèmes, cherche avant tout à préserver les harmonies toujours fragiles que l’évolution lente de la vie et des sociétés a pu produire entre les hommes et la nature, et entre les hommes eux-mêmes. En ce sens, elle pourrait être considérée comme relevant d’une démarche conservatrice. Mais, devant les menaces de plus en précises d’écocide global que fait peser le système actuel, elle doit en même temps assumer sa dimension révolutionnaire. Ni gauchiste, ni réformiste, voilà sans doute la voie propre de l’écologie politique.

Fabien Niezgoda

(Vice-président du MEI en charge des questions de société)

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