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Le choc après l’explosion démographique

Ne pavoisons pas

L’annonce des résultats du recensement, en France, alimente régulièrement le même rituel de la distribution des bons et des mauvais points. Les bons points sont décernés aux champions de la croissance, et les mauvais à ceux qui “stagnent” ou “déclinent”. Notre pays est sans doute aujourd’hui l’un des derniers de la planète où s’exerce une telle pression en faveur de la natalité.

L’abaissement généralisé de la fécondité humaine, à quelques exceptions africaines près, est une bonne nouvelle. Celle-ci ne doit pas cependant créer l’illusion d’une tendance à l’équilibre. Non seulement, la population mondiale va encore croître d’un à deux milliards d’individus, mais nous voici face à l’onde de choc de l’explosion démographique du XXe siècle, qui a vu notre nombre multiplié par 7, alors que se profile l’effondrement de la base énergétique qui a permis cette croissance.

L’onde de choc d’après l’explosion démographique

La population mondiale grossit de 1,2 % par an (elle double en 60 ans), mais son poids sur les ressources de la planète augmente de 6,8 % par an (doublement en 10 ans). A population constante, cet accroissement serait encore annuellement de plus de 5,5 %. Ce phénomène est alimenté par l’accès au mode de vie occidental de centaines de millions de consommateurs supplémentaires, localisés pour l’essentiel en Asie. Les cinq milliards d’êtres humains laissés en marge du développement ont vocation, à court ou moyen terme, à rejoindre le standard consumériste des pays industrialisés. La Chine et l’Inde sont sur cette voie, à marche forcée. Le défi est à la fois dans la rapidité de cette évolution et dans l’ampleur du phénomène : au rythme de croissance actuelle, sauf accident politique ou environnemental, le nombre de personnes consommant comme les Européens aura doublé en 10 ou 15 ans.

L’institut de recherche américain Earth Policy Institute a calculé les perspectives d’une croissance chinoise maintenue durablement à 8 % par an (étude publiée en mars 2005). Dans ces conditions, en 2031, les émissions mondiales de gaz carbonique seraient plus que doublées, effaçant tout espoir de maîtriser la dérive climatique. Le pays devrait disposer de 99 millions de barils de brut par jour, alors que la production mondiale actuelle avoisine les 79 millions de barils. Et, les Chinois absorberaient, à eux seuls, les deux tiers de la production mondiale de céréales. En réalité, la perspective qu’un jour six, sept ou huit milliards d’être humains atteignent le niveau de vie occidental est matériellement impossible.

D’énormes écarts séparent aujourd’hui les populations du Monde : toutes espèrent bénéficier de l’abondance des pays du Nord. Mais cet espoir se heurte au caractère limité des ressources nécessaires à leur croissance matérielle. Les pays riches, nous en faisons partie, s’apprêtent à défendre leurs privilèges. C’est dans ce contexte que Jacques Chirac, suivant en cela l’exemple du président américain, vient d’annoncer une extension du concept de dissuasion à “la sécurité des approvisionnements”. De leurs côtés, les pays émergents n’entendent pas, c’est légitime, mettre une limite à leur développement, d’autant que les plus peuplés d’entre eux, la Chine et l’Inde, peuvent prétendre au rang de premières puissances économiques de la planète. C’est ainsi que la Chine refuse de signer l’accord de Kyoto relatif à la lutte contre la dérive climatique. Ces positions sont les germes des guerres de demain.

L’effacement de la base énergétique

Toutes les périodes de croissance démographique de l’histoire humaine sont liées à des sauts dans la mobilisation des ressources naturelles, notamment énergétiques. La dernière période, qui a pris la dimension d’une “explosion”, repose sur l’exploitation d’une énergie bon marché, le pétrole. Or, dans un délai plus ou moins rapproché, l’offre ne permettra plus de satisfaire la demande. La base énergétique sur laquelle repose la densité actuelle du peuplement humain va s’effacer. Que l’événement se produise en 2010, comme l’affirment certains experts, ou en 2030, comme l’annonce l’Agence Mondiale de l’Energie, ne change rien au défi. La fin du pétrole bon marché s’accompagnera d’une contraction de l’économie globale et d’un effondrement de la productivité agricole. Les hauts rendements actuels reposent sur de gros apports d’engrais azotés : or, il faut trois tonnes de pétrole pour produire une tonne d’ammoniaque. Sans les fortes doses d’intrants (associées ou non à l’irrigation), une partie des surfaces agricoles utilisées perdraient même toute capacité à produire.

Facteur additionnel, la dérive climatique va déplacer les zones de productivité, rendre plus fréquents les accidents météorologiques qui détruisent les récoltes et noyer des terres sur lesquelles vivent des millions de personnes.

Agir sans tarder

Pour stabiliser au niveau de 2005 l’impact de l’Humanité sur les ressources et les écosystèmes de la Terre, tout en permettant à chacun de vivre selon les standards français, la population devrait se réduire à 1,7 ou 2 milliards d’individus. Cet optimum ne peut pas être atteint rapidement compte tenu de la relative inertie des phénomènes démographiques. C’est pourquoi, les décennies à venir s’annoncent difficiles, surtout si nous ne savons pas anticiper les évènements.

Cette perspective nous impose une urgence : créer les conditions d’un règlement pacifique des tensions engendrées par les pénuries à venir. Il est urgent de mettre en place une gouvernance mondiale capable d’organiser le partage équitable des ressources disponibles, de définir les réponses communes à la crise écologique et d’imposer le Droit international comme référence du respect par les nations de l’intérêt commun de l’Humanité.

La recherche de l’équité et notre intérêt nous imposent de réduire substantiellement nos consommations d’énergie et de matières premières. Les innovations technologiques ne répondront que très partiellement à cette obligation. Aussi, devons-nous nous préparer, sans délai, à une révision de nos modes de vie. Ce n’est déjà plus le futur, mais le présent.

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