Politique de la ville

ParFrancine Herbaut-Dauptain

Politique de la ville

Au début des années 1960, alors que l’habitat insalubre, les bidons villes, et les cités d’urgence d’après guerre  n’ont pas encore trouvé de solution, il faut à la fois loger une nouvelle population venue de la campagne et gérer l’arrivée d’un million de rapatriés d’Algérie. Dans l’urgence, généralement à la périphérie des centres ville, on va construire de fortes concentrations d’habitats sous forme de grandes barres d’immeubles.

Mais cet habitat social n’a pas été suffisamment entretenu, les attributions de logement n’ont pas été faites dans le souci d’une mixité sociale. Peu à peu la ghettoïsation des « banlieues » ou «quartiers prioritaires» s’est installée. Population de travailleurs pauvres, en précarité, logements détériorés mal entretenus, concentration de misère sociale, d’insécurité, de délinquance, de trafics en tous genres, ce qui devait être un « modèle pour les années 2000 » s’est révélé être un casse tête pour les gouvernements successifs.

D’émeutes en émeutes divers plans ont été mis en place pour les banlieues. Mais l’on ne cesse d’osciller entre le social et l’urbain, ce qui peut être considéré comme l’expression d’un sentiment d’impuissance. Les « banlieues » comme tout espace « ghettoïsé » souffrent de la nature dégradée de l’espace et la séparation entre celui-ci et l’espace environnant : la ville.

Les plans de réhabilitation urbaine n’ont pas apporté de mixité sociale : pas de dispersion des ménages pauvres et pas d’attraction de populations plus aisées.Pour donner un ordre de grandeur : le PNRU lancé en 2003, a mobilisé 44 milliards d’euros de travaux au total. Pour autant, élus et habitants s’accordent sur le sentiment d’une amélioration des conditions de vie dans les quartiers réhabilités où les tours détruites sont remplacées par des immeubles de plus petite taille et une offre d’accession à la propriété attractive.

Dans le dernier volet de la Politique de la ville, les quartiers prioritaires ont été ciblés en fonction de données économiques (le revenu des ménages). L’approche « rénovation » a été complétée par une approche de remobilisation des populations les rendant « acteurs du changement » dans les conseils citoyens. Ainsi ces quartiers font l’objet d’actions en faveur de l’éducation, y compris l’éducation à la parentalité, de lutte contre le décrochage scolaire, d’allégement du nombre d’élèves dans les zones prioritaires, de remobilisation vers l’emploi, d’accompagnement économique pour le développement des activités, de politiques culturelles etc.

Le rapport de Jean-Louis BORLOO remis fin avril, fruit d’une réflexion menée  avec les élus et les associations a été  balayé d’un revers de main par le Président Macron car trop couteux.

Dans son discours ce 22 Mai Emmanuel Macron annonce qu’il n’y aura pas de énième plan. Quelques annonces : un grand plan national de lutte contre l’illettrisme, une rénovation de l’ANRU (agence nationale de rénovation urbaine) et la baisse de son financement, une initiative « cœur de quartier » et une plateforme pour apprendre aux élus des petites et moyennes communes à redynamiser leurs cœurs de ville ,  sans budget spécifique, une « bourse aux stages » pour 30 000 élèves de 3e, un « testing » sur les discriminations dans les entreprises sans réelles obligations à la clé,  des emplois « francs » pour les habitants des quartiers prioritaires et un appel à la responsabilisation des entreprises pour qu’elles « prennent leur part » face au problème du chômage d’un jeune sur trois en quartier prioritaire. L’info sera donnée aux maires sur les « fichés S » de leur commune, un plan de lutte contre le trafic de drogue sera lancé. Enfin, un appel à construire une société de la vigilance sans basculer dans une société de la délation en a fait réagir plus d’un. Tous les deux mois le Président s’engage à un rendez vous avec les maires et les associations pour faire un point d’étape.

Notre point de vue

Même s’ils ne sont pas directement liés à la Politique de la Ville certains problèmes méritent d’être posés.

La démographie est le premier élément de notre réflexion : à raison d’une croissance démographique de 5% comme dans la dernière décennie, il est évident que l’habitat se développera. La tendance étant à l’urbanisation soit la densification des villes se poursuivra soit l’artificialisation des terres agricoles s’étendra. Il nous faut donc œuvrer à une stabilisation puis à une décroissance démographique, dans notre pays comme ailleurs. Ainsi, par exemple,  nous ne pourrons échapper à l’explosion démographique en cours en Afrique qui va doubler sa population d’ici 2050. Si nous n’aidons pas ces pays à réduire cette explosion démographique et à se développer sur un modèle durable et local, nous devrons faire face à un afflux de population vivant dans la précarité et cherchant  légitimement un Eldorado pour survivre.

Sur l’aménagement du territoire : Prés de 80 % de la population française est urbaine. La ville, ses transports, ses services publics, ses équipements collectifs, la proximité des lieux de travail, attirent. Pour autant il existe une inégalité entre territoires urbains de la même façon qu’il existe des inégalités entre ville et campagne. L’accès aux services, au haut débit ou aux transports pose problème en milieu rural. Il serait temps de repenser l’aménagement du territoire, de fusionner les trop petites villes et en même temps de limiter la densification dans les villes de plus grande importance numérique. Rééquilibrer en s’appuyant sur un réseau de transports en commun  à conforter, en développant le télé travail et les plateformes de télétravail dans les zones rurales. Revitaliser les espaces ruraux devrait être une priorité.

La fiscalité locale : Depuis que la taxe d’habitation, les impôts fonciers sur les propriétés bâties et non bâties sont devenus les seuls impôts qui reviennent aux municipalités, le maire a tout intérêt à développer l’habitat dans sa commune et non plus l’activité industrielle et commerciale, pour augmenter les recettes. La refonte de la fiscalité locale est donc indispensable. En complément de nouvelles règles d’attribution de la DGF (dotation globale de fonctionnement) pourraient être mises en place,  rééquilibrant les dotations entre zone urbaine et zone rurale, et limitant l’expansion des villes.

Sur l’emploi : Il vaudrait mieux repenser le rapport au travail et le sens social de l’activité humaine. Ne pas accepter comme une fatalité la succession d’emplois précaires, rendant les travailleurs pauvres bien qu’en activité. Adapter la fiscalité en taxant les robots qui remplacent le travail humain.

Notre système économique basé sur la rentabilité, le profit immédiat doit être revu de fond en comble. Les monnaies locales, les circuits courts, les coopératives, l’économie circulaire, le réemploi … permettraient de sortir de ce système productiviste et libéral dans lequel nous nous sommes enfermés.

D’autres problématiques sont en lien direct avec la Politique de La Ville

Sur la rénovation urbaine. Si la rénovation urbaine a apporté une meilleure qualité de vie, il serait temps d’associer davantage les habitants sur des projets locaux. Jardin partagés, potagers partagés, vergers au pieds des immeubles. Mobilités douces, pistes cyclables, transports en commun à proximité. Autant de projets à développer.

A quand une conception différente de la ville et des logements sociaux non plus concentrés (souvent à la périphérie des villes) mais dispersés par petits ilots au sein des villes pour que chacun puisse bénéficier des services de la même manière ?

Il est indispensable de continuer la rénovation urbaine pour éradiquer les « tours » et mener une réhabilitation thermique des logements anciens. Cette réhabilitation n’étant cependant pas à limiter aux « quartiers prioritaires ».

D’autre part des opérations de co-location entre personnes âgées et jeunes pourraient se développer évitant ainsi la problématique de personnes devenues seules dans des grands logements en parallèle de la problématique des jeunes sans logement.

Sur la sécurité. De la police de proximité : oui mais pas que cela.

 L’amalgame entre « quartiers prioritaires » et terrorisme est très vite fait et loin d’être prouvé. Par contre les trafics en tous genres existent. L’économie souterraine, le blanchiment d’argent ne sont pas des chimères. Dans certains quartiers ce sont les mères de famille qui ont agi pour éviter que leurs enfants ne soient pris dans l’engrenage du trafic et de la consommation.  D’où l’intérêt du travail social et de l’implication des habitants dans ces quartiers,  associé à une présence policière. L’Etat a la responsabilité d’éradiquer les « zones de non droit ».

Sur les annonces du Président Macron  qui déclare vouloir « rééquilibrer les projets et dotations selon les territoires, « permettre de mobiliser des financements publics et privés » : les réactions  des maires et acteurs locaux ont été significatives à la sortie de cette opération de pure communication : comment fait on dans un contexte de réduction des dotations ?

 En conclusion :

La manière de concevoir la ville entraine ou non la qualité de vie, la qualité de vivre ensemble et réparer les erreurs du passé est souvent bien plus coûteux que de bien concevoir dés le départ en tenant compte du nécessaire équilibre de l’homme avec la nature.

Texte proposé par Francine Herbaut Dauptain, co présidente du MEI amendé par Marie Eve Perru, Daniel Martin, Serge Monrocq

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