Le véritable prix des carburants

Les Ecologistes - Mouvement Ecologiste Indépendant

Le véritable prix des carburants

11 novembre 2018 Transports 0

L’opinion relayée par les médias ne cesse de rappeler que les prix des carburants avec leurs taxes grèvent lourdement les budgets des ménages, appelant à des blocages le 17 novembre.

Les écologistes du Mouvement Ecologiste Indépendant proposent d’élargir la réflexion.

Les augmentations actuelles dérivent d’une loi de programmation énergétique qui date de plusieurs années. Elle prévoit une hausse graduelle des tarifs de l’essence et du diesel étalée sur 5 ans. L’objectif de ce plan est de réduire la part des énergies fossiles dans la consommation du pays, de manière à limiter autant que possible le dérèglement climatique.

Le prix du carburant : il faut éviter de comparer le prix des carburants avec celui d’une période antérieure. Le carburant a évolué, il est plus performant, les voitures consomment moins et donc l’automobiliste parcourt plus de kilomètres avec la même quantité de carburant.

La voiture est, selon les analystes, le second poste budgétaire des foyers, après le loyer et représente entre 5 et 7000 euros selon le modèle de véhicule et le nombre de kilomètres parcourus. Le carburant représente environ 10 % des dépenses. Il faut en effet compter les frais d’achat, éventuellement les frais financiers liés à cet achat, l’entretien, les réparations, l’assurance, les frais de stationnement, les péages, contrôles techniques et PV éventuels…

Les salaires : à salaire équivalent en 1980, en octobre 2018 on peut acheter le double de carburants.
En 1980 le SMIC horaire était à 14.76 francs soit 2.25 euros. Le prix moyen de l’essence était de 4.17 francs soit 0.63 euros. Avec une heure de travail on pouvait acheter un peu plus de 3 litres d’essence (3.41). En octobre 2018 le taux horaire du SMIC est de 9.88 euros, le prix moyen de l’essence est de 1.539 euros. Avec une heure de travail on peut acheter un peu plus de 6 litres d’essence (6.4).

Les carburants ont été améliorés et les moteurs consomment moins, mais on note une progression des rejets polluants : un kilo d’équivalent CO2 émis toutes les 4 secondes par les voitures européennes. Soit 4.9 millions de tonnes de CO2 en plus chaque année dans l’atmosphère du fait des seules voitures en Europe.

Première source de pollution atmosphérique dans les grandes agglomérations, l’automobile accentue et développe les maladies des voies respiratoires, notamment chez les plus fragiles. Selon l’OMS la pollution atmosphérique est responsable de la mort prématurée de 7 millions de personnes dans le monde dont 600 000 en Europe et 45 000 en France.

Près de 32 % des déplacements automobiles font moins de 5 km. C’est justement durant cette période semée de ralentissements, de freinages et d’accélérations que la pollution automobile est maximale.

En concentrant la grogne de l’opinion sur le prix des carburants et des taxes, on détourne l’attention de l’essentiel.

Les graves problèmes engendrés par les automobiles et l’infrastructure routière : dégradation des écosystèmes, imperméabilisation des sols, accidents sur les animaux sauvages, pollution marine conséquence des approvisionnements pétroliers, crises géopolitiques.

Tout ceci devrait nous conduire à une réflexion plus globale sur les modes de déplacements et leurs conséquences sur la santé, sur le dérèglement climatique, au lieu de se limiter à une grogne orchestrée sur le prix de l’essence.

Nous notons que le gouvernement manque de pédagogie dans son approche en ne défendant que cette écologie perçue comme “punitive” par une majorité de nos concitoyens.

Le Mouvement Ecologiste Indépendant souhaite compenser cette hausse de taxation par une baisse à peu près équivalente des taxes sur des produits, ou services écoresponsables, par exemple sur la vente de bicyclettes. 

N’envisager l’écologie que par une fiscalité punitive est une impasse. Elle doit être complétée par des mesures incitatives de comportements vertueux.

 

Co écrit par Daniel Martin Membre du Conseil National Francine Herbaut et Pierre Dardaillon co président(e)s.

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