Gaz de Houille !


petrole-shadokAu motif de diminuer la facture énergétique en région, le Conseil Régional Nord Pas de Calais a lancé une étude sur l’opportunité d’exploitation du gaz de houille sur son territoire. L’idée serait venue en 2011 d’Arnaud Montebourg de « regarder le potentiel de gaz de houille ». Une mission d’enquête a donc été diligentée. Déjà Gazonor s’intéresse au projet. Le chiffre de 500 créations d’emplois est avancé.

Les élus écologistes ont quitté cette mission d’enquête en raison des nombreux partis pris dans le choix des experts, des amalgames entretenus entre gaz de mine et gaz de houille. La suite de cet article vous éclairera sur d’autres aspects de ce dossier.

Le 9 octobre dernier avait lieu une matinée – débat  intitulée « l’exploitation du gaz de houille : atout économique et opportunité industrielle en Nord Pas de Calais ? »

Le point d’interrogation a ici toute sa valeur.

Actuellement en région :

  • Le gaz de mine, celui qui existe naturellement dans les cavités et qui ne nécessite aucune fracturation est actuellement exploité. Il n’y a plus de réservoirs de gaz de mine en dehors de la région Nord Pas de Calais et l’exploitation durera encore au maximum 50 ans, les cavités se remplissant d’eau d’année en année.
  • Le gaz de houille ne représente qu’une possibilité d’exploitation de 10 à 12 années. Il nécessite des forages de 1000 à 4000 m de profondeur

Le risque d’exploitation de ce gaz de houille n’est pas négligeable, voici ce qu’en disent les experts, les associations, les riverains présents :

  • L’eau est injectée sous pression avec des polymères cancérigènes et radioactifs, elle remontera avec le gaz. En Lorraine cette pollution a été reconnue par la DREAL.
  • « Si les adjuvants et huiles dans les produits d’extraction se mélangeaient au captage d’eau potable il faudrait fermer ces captages » affirme l’expert de l’Agence de l’eau. Or, à ce jour personne ne peut affirmer l’étanchéité des tuyaux dans lesquels remonterait le gaz. De plus aucun ciment ne résisterait à un séisme ou à un mouvement du sol suite au forage.
  • Entre 4 et 9 % du méthane s’échappe hors des tuyaux ou ne va pas dedans
  • Dans le gaz extrait est mélangée une eau très salée (10 g/l) emprisonnée dans le charbon, trop salée pour être épandue sur les champs car ceux-ci bruleraient, ni dans les cours d’eau. Il est donc indispensable de la désaliniser et d’en prévoir le coût.
  • L’exploitation entrainera des microséismes dans une région dont le sous sol a déjà été exploité et qui contient encore beaucoup de cavités. Le risque, en cas d’effondrement du sol, est l’inversion des cours d’eau qui pourrait provoquer notamment des inondations.
  • Le forage se ferait à 1600 m de profondeur or, il y a obligation technique de fracturer le charbon quand il est à plus de 1000 m de profondeur

A ces éléments techniques s’ajoutent les questions sur les nuisances dues au balai incessant des camions citernes pendant l’exploitation et sur le devenir des anciens puits, après cette exploitation.

A notre grande surprise les experts sont capables à la fois de nommer les risques tout en affirmant que ceux-ci doivent être étudiés pour voir dans quelle mesure ils pourraient être évités au mieux, car le risque zéro n’existe pas.

Le conseiller régional communiste, président de la commission de développement économique à l’origine de l’étude affirme : « Il n’y a pas de risque insurmontable en terme écologique pour mener des forages d’exploration » et « La Lorraine a deux ans d’avance sur nous. »

La mission d’enquête préconise notamment de travailler en commun avec la Lorraine, de mettre en place des projets de recherche, créer un comité de suivi régional…

Ce 15 avril à Douai avait lieu la restitution de l’enquête.

Des interventions des différents experts nous retiendrons la confirmation des risques environnementaux notamment sur les eaux souterraines.

Le Conseiller régional communiste à l’origine de ce projet de recherche assure que la question du tubage pour le forage et la question de l’eau ont été étudiées. Selon lui, il est nécessaire de se rapprocher de la Lorraine car il y a des connexions à établir entre nos deux régions charbonnières sur ce type de projet, notamment avec les universitaires par rapport à leur expérience.

Le modèle économique n’est pas encore au point mais il évoque un partenariat public-privé et une production sur 20-25 ans. Il se situe dans une logique « de circuit court » car il préfère un gaz « local » à du gaz de schiste liquéfié venant des U.S.A. !

Il rappelle que les écologistes ne veulent pas de ce projet.

Marche t on sur la tête ?

Au moment où nous constatons les effets du changement climatique, notamment sur le trait de côte de notre région, il semble qu’il y ait une vraie contradiction à vouloir exploiter, pour quelques années, du gaz de houille, compte tenu de tous les risques évoqués et des émissions de carbone engendrées.

Au motif de créer des emplois locaux, il semble aberrant de se tourner vers une énergie fossile à l’avenir limité.

Dossier que nous suivrons de prés !

Francine Herbaut Dauptain Conseillère régionale Nord Pas de Calais

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