Politique de Gribouille en Syrie

Quels sont les buts, la logique et le sens de l’implication française dans l’affaire syrienne ? Quelle crédibilité faut-il accorder au discours de notre ministre des Affaires Etrangères ?

Lorsqu’il invoque l’urgence humanitaire et la nécessité d’armer la rébellion pour réduire l’inégalité des forces sur le terrain, Laurent Fabius utilise  une terminologie de Gauche pour justifier un investissement autrement plus trouble.

Tout d’abord, la guerre civile en Syrie est loin d’être limpide. Elle implique des populations aux motivations divergentes, communautaristes ou religieuses : Alaouites, Druzes, Chrétiens, Kurdes, Sunnites, Chiites…

En second lieu, la scène syrienne a très tôt accueilli des acteurs venus d’autres horizons du Moyen Orient pour jouer leur propre partition géostratégique, à l’instar des deux ennemis héréditaires que sont l’Iran et l’Arabie Saoudite. De ce fait, qui pourrait garantir la traçabilité des armes fournies aux rebelles ? Laurent Fabius peut-être lorsque, comme Gribouille, il fera à nos dépens l’expérience de l’effet boomerang, sous le regard intéressé d’Israël.

Enfin les véritables ressorts du drame syrien sont ailleurs. Ils sont dans la compétition qui oppose les États-Unis, la Russie et la Chine dans leur course au leadership économique et politique mondial.

Dans ce contexte, l’argument humanitaire ne pèse pas lourd  venant d’un pays dont, il y a peu,  les troupes ont assisté, l’arme au pied, au massacre de 800000 personnes, hommes, femmes, enfants au Rwanda. D’où la question : Quelle mouche a piqué François Hollande et  David Cameron pour qu’ils impliquent ainsi leur pays dans un conflit explosif qui les dépasse de très loin ?

Les autres pays de l’Union Européenne ne soutiennent pas l’initiative franco-britannique. Ce sont pourtant des pays démocratiques, politiquement instruits et non moins civilisés que nous. Mais conscients de leur taille, de leur capacité militaire et des problèmes qu’ils doivent par ailleurs  affronter, ils ont  la sagesse de voir plus loin que le bout de leur nez. Ils laisseront donc  Boutefeux et  Va-t-en- guerre tirer du brasier de bien hypothétiques marrons. A leurs risques et périls

Dans ces conditions, le danger est grand que la France ne donne d’elle-même dans l’espace euro-méditerranéen l’image d’une nation belliciste. Si elle persiste à vouloir  tordre le bras  de l’Union Européenne en faveur de la rébellion syrienne, il faut craindre qu’elle n’alimente la méfiance de nos partenaires à l’égard d’une intégration politique qui serait à leurs yeux porteuse d’aventurisme en matière de relations internationales.

Qu’un tel mauvais coup porté à  l’Europe ne chagrine ni la Grande-Bretagne ni les Etats-Unis, n’étonnera personne tant ces deux pays  sont historiquement opposés à sa construction. Mais on comprendrait mal que, pour d’obscures raisons, notre pays-fondateur persiste dans cet activisme irresponsable. N’avons-nous pas assez de problèmes franco-français à résoudre qu’il faille encore assumer le rôle de « crétins utiles » du couple anglo-américain et de certains états du Moyen-Orient ?

Stéphane Hessel, le défenseur opiniâtre des Droits de l’Homme et des opprimés, notamment des droits des palestiniens est mort.

Le MEI rend hommage à cet insatiable défenseur des Droits de l’homme et des opprimés, décédé à l’âge de 95 ans, Stéphane Hessel a été membre du Conseil de la Résistance, défenseur des sans papiers, mais aussi coauteur d’une lettre au président de la République réclamant l’ouverture d’une conférence internationale pour l’abolition des armes nucléaires. Egalement ancien membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (1992-2005), il était resté très actif après sa retraite en 1983, notamment médiateur pour les sans-papiers de l’église Saint-Bernard, à Paris en 1996-1997. Mais, de tous les nombreux combats auquel Stéphane HESSEL a prêté son enthousiasme et sa hauteur de vues reste incontestablement celui pour les droits des Palestiniens qui a occupé une place à part dans son parcours. Par exemple : En 2009, il s’insurge, contre l’opération “Plomb durci”, qui coûte la vie à plus d’un millier de résidents de Gaza, qualifiant les bombardements Israéliens de “crimes contre l’humanité”.

En ces circonstances, le MEI s’indigne des propos scandaleusement insultants du Président du CRIF lorsqu’il déclare, entre autre, que « Stéphane Hessel a été un ‘’maître à ne pas penser’’ » et rajoute une diatribe à son égard en évoquant « la “volonté obsessionnelle” de l’ancien diplomate et résistant “de faire de Gaza l’épicentre de l’injustice”.

Cette déclaration post mortem du Président du CRIF illustre bien que Stéphane Hessel fût la bête noire des milieux qui ne supportent pas que nous ne soyons pas partialement pro-israéliens en France. Ces milieux ne pouvaient tolérer qu’un intellectuel juif prenne la défense du peuple palestinien, quand leurs amis ne cessent de les opprimer en Palestine.

Stéphane Hessel, s’était rapproché des écologistes sur la fin de sa vie, apportant son soutien au moment des dernières élections européennes. Il a ensuite soutenu Nicolas Hulot dans sa campagne pour l’investiture écologiste aux présidentielles de 2012, tout comme notre mouvement politique.

Nous partagions et partagerons encore longtemps son indignation.

Texte de Daniel Martin, révisé par Albert Danjau, Jacques Lançon et Jean-Marc Ferrari


Rencontre entre Nicolas Hulot et Stéphane… par 2012Hulot

Au nid soit qui Mali panse

Soixante avions engagés, des hélicoptères, des blindés, des forces spéciales… notre armée a brillamment rappelé à une poignée de moudjahidines les lois de la guerre en rase campagne. Surfant sur la vague d’enthousiasme populaire consécutive à cette démonstration, notre président s’est fendu d’un habile discours, qu’il convient toutefois de nuancer.

Côté coeur, rien à dire : “En d’autres temps, vous êtes venus à notre secours, merci à vous, nous avions une dette…” La foule chavire, c’est parfait.

Côté Business et Boutique, c’est moins bien :“…, je ne sais quel intérêt, nous n’en avons aucun !”
Belle contre vérité ! Légitimes ou non, nos intérêts dans cette région sont évidents. Portés par des grands groupes privés ou contrôlés par l’état, ils alimentent nécessairement les pensées stratégiques et tactiques de nos gouvernements.
La Françafrique étant , parait-il, tombée dans les poubelles de l’histoire, il reste important de s’interroger sur le caractère équitable ou non de cette présence économique. De la réponse à cette interrogation dépend la légitimité de nos intérêts.

Second motif de questionnement : M.Hollande souhaite pour le Mali l’avènement d’une démocratie exemplaire.
“Vaste programme ! ” aurait dit le Général. Car si le concept de démocratie convient assez bien aux états-nations du monde occidental, il s’applique plus difficilement aux entités post coloniales, contraintes par des frontières qui ignorent l’histoire, les réalités humaines, les langues et les cultures.
Les Touareg sont 800000 au Niger, leur espace ancestral de nomadisation s’étend sur la moité orientale du Sahara algérien, traverse le Sahel malien jusqu’au nord du Burkina Faso et, au nord du Niger, mord sur le sud libyen. Sans oublier les autres ethnies,noires ou “peaux claires”, sédentaires ou nomades,chrétiennes, musulmanes ou autres qui viennent compliquer le puzzle.

La construction d’un état démocratique malien exigera donc, non seulement une patiente harmonisation culturelle et sociale, mais encore des négociations épineuses avec les pays voisins, en particulier avec l’Algérie qui a aussi ses Touareg. N’oublions pas de tirer les leçons des situations comparables vécues en Europe centrale et dans les territoires Kurdes du Moyen Orient.
Le risque de paix au Mali n’est pas pour demain. Il faut espérer que l’armée française saura maintenant affronter les embuches d’un conflit asymétrique avec des groupes djihadistes adossés au Moyen Orient.
A moins que, comme il est très souhaitable, nos gros oiseaux de fer et nos pioupious des sables retrouvent rapidement la sécurité de leur nid.

Notre troisième sujet de réflexion est, une fois de plus, celui de l’Europe. Une fois de plus, l’Europe a été surprise culotte à terre par l’urgente nécessité de sauver le soldat Bamako. Et les média se répandent en lamentations : où est la défense européenne ? Où est la solidarité des 27 états de l’Union ?
Réponse : néant, ou peu s’en faut. Pour tout potage, quelques encouragements gratuits, une once de soutien logistique, des félicitations plus formelles qu’enthousiastes…mais aucune volonté d’engagement sur le terrain. Comme si la France était seule intéressée par l’Afrique, comme si la poussée conquérante du terrorisme islamiste ne concernait pas toute l’Europe.

Le constat de cette solidarité défaillante n’est pas réjouissant mais il n’est qu’une toute petite partie du problème. Il ne fait que révéler l’incapacité de l’Europe à construire sa propre cohérence, à définir les fondement de sa présence dans le concert international, à se doter d’une trame diplomatique consensuelle. On notera d’ailleurs que cette carence extérieure reflète fidèlement les dysharmonies internes en matière de choix économiques,de fiscalité, de régimes sociaux. Dans ces conditions, comment l’ambition d’une défense commune pourrait-elle prospérer ?

En vérité, au lieu de faire évoluer son projet initial vers le grand modèle de civilisation dont le monde a aujourd’hui besoin, l’Europe s’est transformée en gros ventre mou d’états boutiquiers dont le seul horizon est le fond de leur tiroir-caisse.
Pas de quoi enthousiasmer les foules et ça se voit. Mais quel gisement de propositions à creuser pour des écologistes convaincus !