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Pour une sortie de l’OTAN

Les Écologistes du Mouvement Écologiste Indépendant considèrent que la sortie de la France de l’OTAN est une nécessité de plus en plus manifeste.

L’Alliance Atlantique, créée dans le contexte de la guerre froide, s’est transformée, par son maintien après la fin du monde bipolaire, en outil de l’hégémonie américaine et de la vassalisation de l’Europe.

La réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, envisagée dès 1991, fut décidée abruptement sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et jamais remise en cause par son successeur François Hollande (qui, député, s’était pourtant drapé dans la toge de l’opposant farouche à un tel projet). Cette décision confirma ce qui apparaissait déjà dans les faits depuis plusieurs années, à savoir le très regrettable abandon de la position que le général de Gaulle avait su donner à la France : celle d’une voix indépendante et non-alignée, audible et respectée tant sur le continent européen que dans le reste du monde.

Le contexte géopolitique actuel montre désormais toute la dangerosité de ce choix d’alignement atlantiste. L’élargissement de l’OTAN à l’Est, après la dissolution du Pacte de Varsovie, a pu apparaître comme une provocation ou une menace aux yeux de la Russie, ruinant ainsi les espoirs de construction de la « maison commune européenne » qu’évoquait Gorbatchev. Le conflit ukrainien illustre tragiquement ce gâchis. Par ailleurs, la duplicité de la Turquie d’Erdogan et ses relations troubles avec les djihadistes de « l’État islamique » risquent d’amener une confrontation directe entre ce membre de l’OTAN et la Russie, suite au récent abattage d’un bombardier russe à la frontière syrienne. Pour éviter l’escalade, la voix de nos dirigeants devrait adresser à notre « allié » turc un ferme désaveu. Au lieu de quoi, ils prétendent relancer la procédure d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, au mépris des opinions publiques et de la cohésion de notre continent.

Dans ce contexte inquiétant, les Écologistes du MEI considèrent qu’il est donc urgent pour la France d’engager son retrait de l’OTAN. L’annonce de ce retrait devrait être l’occasion pour la France de prendre l’initiative d’une défense européenne indépendante, afin d’assurer la sécurité de notre continent tout en refusant d’aggraver l’instabilité de notre voisinage immédiat.

Au-delà du gauchisme et du réformisme : trouver la voie écologiste.

écologie-ou-gauchisme-il-faut-choisir-peuple-breton-2François de Rugy a choisi d’accompagner sa rupture avec Europe Ecologie-les Verts de la sortie d’un livre intitulé Ecologie ou gauchisme, il faut choisir.

Il faut mettre au crédit de François de Rugy une cohérence et une continuité certaines dans la ligne qu’il défend, et son ambition personnelle vraisemblable ne saurait être confondue avec de l’opportunisme. Sa position doit être examinée en ignorant les querelles personnelles, et doit trouver sa place dans un véritable débat d’idées.

Toutefois, l’alternative binaire qu’il propose, entre sa vision et celle qui lui semble s’être désormais affirmée comme majoritaire au sein d’EELV, a le défaut majeur de laisser de côté tout un pan de la sensibilité écologiste.

Rugy dénonce non sans raison comme une dérive sectaire et gauchiste le rapprochement entre une partie croissante d’EELV et la gauche contestataire regroupée autour de Jean-Luc Mélenchon, et prône pour sa part un retour des écologistes au gouvernement, sur une ligne réformiste assumée. La controverse peut rappeler le célèbre débat dit des « deux méthodes » qui opposa Jaurès et Guesde au sein du socialisme français en 1900. Mais elle ne mènera nulle part si elle fait l’économie d’une interrogation sur les fondements de l’écologisme.

En effet, les deux voies, la « gauchiste » et la « réformiste », partent d’un postulat commun rien moins qu’évident : l’affiliation de l’écologisme au « camp du progrès ». Or c’est précisément cette affiliation que refusent, depuis l’origine, de nombreux écologistes, et parmi les plus conséquents.

La contestation écologiste est née d’une critique du progrès, c’est-à-dire d’une remise en cause radicale de cette « religion du progrès » qui constitue, comme l’a bien montré Jean-Claude Michéa, la colonne vertébrale idéologique de la gauche.

A ce titre, s’il est vrai que les écologistes partagent volontiers avec les « gauchistes », et contre la tentation d’un ralliement au « social-libéralisme », une contestation sans concession du modèle capitaliste, de son productivisme (productivisme du reste partagé par une part encore significative des nouveaux amis que s’est trouvés Cécile Duflot à la « gauche de la gauche »), de ses ravages tant sur les milieux que sur les sociétés, ils ne peuvent en revanche pas se retrouver dans la vision des héritiers de la Montagne de 1793 : une division robespierriste entre l’humanité et ses ennemis, une vision unidirectionnelle de l’Histoire, le tout agrémenté par de bons restes d’étatisme.

Pour autant, les écologistes devraient-ils limiter leur ambition à proposer l’une ou l’autre réforme à un gouvernement qui ne soit pas en rupture avec le modèle qu’ils dénoncent ? Il est certes toujours souhaitable de contribuer utilement à des mesures nécessaires, mais en est-on à améliorer l’airbag ou la ceinture de sécurité d’une automobile quand on constate que le viaduc qu’elle emprunte est inachevé et ne mène qu’à un gouffre ? Or, le gouvernement actuel est bien dans cette situation, sans même évoquer le déni des limites qui sous-tend philosophiquement son action sociétale.

L’écologie politique, prolongeant le constat scientifique de la complexité des écosystèmes, cherche avant tout à préserver les harmonies toujours fragiles que l’évolution lente de la vie et des sociétés a pu produire entre les hommes et la nature, et entre les hommes eux-mêmes. En ce sens, elle pourrait être considérée comme relevant d’une démarche conservatrice. Mais, devant les menaces de plus en précises d’écocide global que fait peser le système actuel, elle doit en même temps assumer sa dimension révolutionnaire. Ni gauchiste, ni réformiste, voilà sans doute la voie propre de l’écologie politique.

Fabien Niezgoda

(Vice-président du MEI en charge des questions de société)

L’immigration ou une politique de co-développement véritable

Bateau2Les naufrages tragiques survenus récemment en Méditerranée, après bien d’autres, ont placé la question migratoire au cœur des débats européens. Aux yeux des Écologistes du MEI, l’amplification des flux de migrants vers l’Europe est un signe supplémentaire de la crise globale dont nos dirigeants tardent à prendre la mesure alors même que ses effets chaotiques se font chaque jour plus criants.

En l’occurrence, on peut relever les trois principaux facteurs qui se conjuguent pour expliquer la situation actuelle en Méditerranée :

Tout d’abord, la démographie non maîtrisée qui est encore celle de l’Afrique subsaharienne, dont la population d’un milliard d’habitant est, selon toutes les projections, censée doubler d’ici 2050, et continuer encore son explosion les décennies suivantes. Faut-il parler d’une « croissance dynamique », sur le mode habituel, ou bien alerter sur la bombe « P » qui empêche toute perspective de vie économique raisonnablement adaptée  sur ce continent, entre rivalités ethniques exacerbées et pression aggravée sur les ressources et les espaces naturels ?

En second lieu, l’aggravation des déséquilibres économiques Nord-Sud, qui font paraître l’Europe, malgré la crise qui la touche, comme un Eldorado pour des populations fuyant la misère. Au nom des principes de libre circulation des biens, des capitaux ou des hommes, les défenseurs de la mondialisation libérale y voient un phénomène normal et acceptable, alors que le déracinement est toujours un drame, et que cette émigration prive souvent les pays de départ de leurs forces vives (ce qui serait encore plus vrai dans le cas d’une politique de quotas) et retardent la résorption des écarts attendue de la « main invisible ».Bateau1

Enfin, l’ingérence occidentale sous des prétextes humanitaires à courte vue s’est définitivement disqualifiée aux yeux de quiconque observe avec honnêteté le chaos qui en a résulté en Libye et qui explique l’accélération récente des flux.

Face à la situation actuelle, la politique migratoire européenne doit rompre avec l’hypocrisie et l’incohérence qui la caractérisent jusqu’à maintenant.


Puisque accueillir davantage d’immigrés en Europe ne pourrait qu’aggraver les tensions identitaires déjà fortes dans plusieurs pays du continent, il s’agit d’adopter des mesures visant réellement à tarir les flux et à décourager les départs. Les opérations consistant à terminer le travail des passeurs en amenant les migrants sur le territoire européen doivent céder la place à des mesures fermes et efficaces, s’inspirant de celles prises par l’Australie. Mais une telle approche sécuritaire, pour nécessaire qu’elle soit, ne sera tenable que si l’Europe adopte en parallèle vis-à-vis des pays de départ une politique de co-développement véritable, basée en particulier sur la promotion volontariste du planning familial, et sur la fin de la politique de prédation toujours pratiquée par les firmes occidentales.

 

Allocations familiales

Motion sur les Allocations familiales

Adoptée par le Conseil national du MEI le 14 avril 2013

Dans le cadre du débat actuel sur la politique familiale, et dans le contexte plus général de la crise et des politiques d’austérité, il convient de ne pas se limiter à une réforme superficielle des allocations familiales.

La question, en effet, ne se réduit pas à sa dimension sociale ou fiscale. Il est évident que les allocations familiales pour les foyers les plus aisés sont contraires au principe de péréquation qui sous-tend habituellement les transferts de l’Etat-providence. A ce titre, leur modulation, préconisée par le rapport Fragonard, ou leur fiscalisation, écartée par le chef de l’État, rejoindraient l’idéal de justice sociale qui devrait également conduire à la remise en cause du quotient familial. Il est à souligner par ailleurs que de telles réformes ne pourraient que contribuer à un retour à l’équilibre des comptes publics.

Néanmoins, partisans d’une réforme et partisans du statu quo semblent se retrouver sur le principe même d’une aide publique aux familles nombreuses, principe admis comme une évidence nationale consensuelle.

L’encouragement de la natalité par l’État français s’est pourtant développé dans un contexte historique et idéologique bien déterminé : celui du développement simultané d’un capitalisme industriel avide de bras et plus tard de consommateurs, et d’un militarisme gourmand en chair à canon, le tout sous le regard complaisant des institutions religieuses.

A la critique pionnière de ce natalisme par le courant néo-malthusien dès la première moitié du XXe siècle se sont ajoutés depuis plus de quarante ans les avertissements des écologistes, conscients des limites de la planète et des dangers de la bombe “P”.

C’est dans la continuité de cette remise en cause du consensus populationniste, qui ne peut qu’aggraver la crise globale dans ses multiples aspects, que les Écologistes du MEI préconisent, comme l’association Démographie Responsable, une refonte radicale des allocations familiales.

Les principes de cette refonte radicale seraient les suivants :

Une allocation revalorisée à hauteur de 100€ pour un premier enfant, et portée à 150€ pour une famille de deux enfants (soit davantage qu’actuellement), mais un plafonnement à ce niveau dès le troisième enfant, quel que soit le nombre d’enfants supplémentaires, ceux-ci devant être assumés intégralement par la famille et non plus par la collectivité.

Afin de ne pas fragiliser davantage les familles en ces temps difficiles, une telle réforme ne devrait pas avoir d’effet rétroactif : une famille nombreuse déjà constituée continuerait à toucher des allocations sur la base des grilles actuelles, le nouveau calcul ne s’appliquant qu’aux familles de deux enfants ou moins, ainsi qu’aux nouvelles naissances. Par ailleurs, une telle refonte du principe des allocations devra être accompagnée d’une modulation suivant le revenu et d’une réforme de la fiscalité.

Les Ecologistes dubitatifs devant l’opportunité du “mariage pour tous”

Les Écologistes du Mouvement Écologiste Indépendant (MEI) font part de leur circonspection devant le projet de loi gouvernemental de “mariage pour tous”.

Loin de se limiter à une légitime extension des droits des couples homosexuels (qui serait possible à l’aide d’autres dispositions, envisagées notamment par l’Union Nationale des Associations Familiales, telles qu’une union civile ouvrant les mêmes dispositions patrimoniales que le mariage, éventuellement assorti d’un droit à l’adoption simple – et non plénière), il apparaît de plus en plus que le projet de loi transforme en profondeur l’institution du mariage et de la filiation, sous l’influence de la contestée théorie du genre qui nie la réalité anthropologique de la différence entre les sexes.

La possibilité d'”adoption pour tous” renforce par ailleurs l’impression douteuse qu’existerait un “droit à l’enfant”, et ouvre d’inquiétantes portes à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) voire à l’introduction de la gestation pour autrui (GPA).

Le Mouvement Ecologiste Indépendant partage les doutes croissants de la société française au sujet de l’opportunité de la réforme, visiblement lancée dans la précipitation et sans suffisamment de concertation. Il demande au Gouvernement et au Parlement de renoncer au projet actuel et de réexaminer la question, au regard notamment des observations et propositions nuancées qu’a avancées l’UNAF : d’autres voies que celles du mariage et de l’adoption sont possibles pour améliorer la situation des couples de même sexe, sans bouleverser l’ensemble de l’institution familiale.

Sur les données démographiques et leurs commentaires récurrents

Les Écologistes du MEI (Mouvement Écologiste Indépendant) constatent avec effarement mais sans surprise le ton employé cette année encore par la quasi-totalité des commentateurs à propos des statistiques démographiques fournies par l’INSEE.

Comme d’habitude, la croissance démographique du pays, des différentes régions et agglomérations est abusivement qualifiée en termes positifs : “dynamisme” ou “progrès”, tandis que les régions dont la population baisse, ou n’augmente que trop lentement, sont jugées “poussives”, “à la traîne”, “en déclin”.

Il est regrettable que les chiffres ne puissent être présentés par la presse et les éditorialistes avec davantage d’objectivité : les mots de “baisse”, “augmentation” ne sont-ils pas assez parlants, pour qu’on les remplace systématiquement par “déclin” ou “dynamisme” ? Quant à la prétendue “stagnation”, mieux vaudrait la nommer simplement “équilibre” ou “stabilité”.

En ces temps de course à un illusoire retour de la croissance économique, d’aucuns croient voir dans les données démographiques ainsi connotées un indicateur des atouts ou handicaps respectifs des différents pays d’Europe. Davantage d’habitants, ce serait plus de consommateurs (surtout) et plus de travailleurs (hypothétiquement), donc la recette miracle de la croissance économique. Alors que les terres arables s’épuisent ou sont sacrifiées sous le béton, à Notre-Dame-des-Landes comme ailleurs, alors que les ressources énergétiques sur lesquels repose notre société industrielle amorcent leur déclin, alors que nul ne peut nier la crise du logement, nos élites persistent donc dans le populationnisme le plus éculé.

Le MEI réaffirme au contraire que l’augmentation de la population, en France ou dans le monde, est un facteur aggravant de la crise globale, environnementale, économique et sociale. Son encouragement par le “natalisme” ou par l'”immigrationnisme” sous de fallacieux prétextes économiques serait une grave inconséquence. A défaut, et dans l’attente, d’une prise de conscience des dangers de la surpopulation, le MEI en appelle donc dans l’immédiat à davantage de retenue et de neutralité dans les commentaires.